Crédits carbone : ce que l’achat promet vraiment et ce qu’il n’efface pas

Décryptage de l’additionnalité, de la permanence et de la vérification : pourquoi un crédit n’est pas un gomme magique pour une émission de CO2.

Article préparé avec assistance IA, puis vérifié, corrigé et approuvé par Nicolas Coutant.

En bref

Acheter un crédit carbone ne signifie pas avoir physiquement « effacé » une tonne de CO2 de l’atmosphère comme avec une gomme. C’est acquérir un titre de propriété lié à un projet de réduction ou de stockage d’émissions. Ce mécanisme repose sur trois piliers techniques : l’additionnalité (le projet n’aurait pas eu lieu sans le financement), la permanence (le stockage dure dans le temps) et la vérification (un tiers indépendant valide les chiffres).

En 2024, l’initiative Science Based Targets (SBTi) a clarifié que ces certificats pouvaient servir à la mitigation au-delà de la chaîne de valeur des entreprises, ce qui a ouvert la voie à une vague d’achats structurés. Selon une analyse de Market Research Future, cette décision a marqué un tournant pour le marché. Cependant, un crédit n’est pas un équivalent physique direct de l’émission évitée ; c’est un instrument de marché dont la valeur réelle dépend de la rigueur de ces trois critères.

Le mécanisme

Le fonctionnement repose sur une comptabilité de substitution. Lorsqu’une entreprise émet du CO2, elle peut acheter un crédit généré par un projet ailleurs (reboisement, énergies renouvelables, etc.) pour compenser son empreinte.

Pour que ce crédit soit valide, il doit prouver l’additionnalité : le projet de stockage de carbone doit avoir été financé spécifiquement par la vente de ces crédits. Sans cette preuve, on risque de financer une action qui aurait de toute façon eu lieu (par exemple, une forêt protégée par la loi de toute façon).

Ensuite vient la question de la permanence. Pour les projets naturels comme les forêts, le carbone stocké peut être relâché si un incendie ou une maladie survient. Le crédit doit donc garantir que ce stockage est durable, ce qui est plus complexe à vérifier que pour une installation industrielle de captage.

Enfin, la vérification est le filtre de qualité. Des organismes tiers auditeurs doivent certifier que les tonnes de CO2 évitées ou stockées correspondent bien à la réalité mesurée. Sans cette étape, le crédit n’est qu’une promesse non vérifiée.

Ce qui est sourcé

Selon une analyse de Market Research Future, le marché des crédits carbone est dominé par les crédits de conformité (environ 62 % de la valeur totale), qui répondent à des obligations réglementaires strictes comme les systèmes d’échange de quotas d’émission. Ces programmes imposent des règles de vérification rigoureuses.

En parallèle, le marché volontaire se développe. L’extension de l’État de l’Oregon (OSU Extension Service) note que ces marchés offrent aux propriétaires de forêts la possibilité de gérer leurs terres pour un stockage accru de carbone et de générer des revenus. Cependant, la même source souligne que ces marchés évoluent si rapidement qu’il devient difficile pour les acteurs de comprendre les opportunités et les exigences techniques lorsqu’ils choisissent un programme.

En 2024, la clarification de la SBTi a permis aux entreprises d’utiliser ces certificats pour couvrir leurs émissions résiduelles, transformant la demande de ces actifs.

Nuance

Il est crucial de distinguer ce qui est prouvé de ce qui est allégué. Un crédit ne garantit pas automatiquement que l’émission de l’acheteur a disparu de l’atmosphère. Si le projet de reboisement est détruit par un incendie, le carbone est relâché, et la compensation devient théorique. De plus, la qualité de l’additionnalité varie d’un projet à l’autre : certains crédits financent des actions qui auraient de toute façon été réalisées pour d’autres raisons.

La complexité technique est réelle. Comme le notent les experts de l’OSU Extension Service, la rapidité d’évolution des normes rend la compréhension des exigences de vérification ardue pour les propriétaires de forêts comme pour les acheteurs. L’achat d’un crédit est donc un acte de soutien à un projet de mitigation, mais ce n’est pas une solution magique qui annule instantanément et définitivement une pollution passée.

Et ensuite

La tendance montre une professionnalisation du secteur avec une meilleure traçabilité des crédits, notamment via des plateformes numériques de mesure et de vérification. Pour les entreprises, l’achat de crédits reste un outil de transition pour les émissions qu’elles ne peuvent pas encore réduire directement, à condition de privilégier des projets avec des garanties de permanence et d’additionnalité solides. L’objectif reste de réduire d’abord ses propres émissions avant de chercher à compenser le reste.

Pour aller plus loin

Sources

Une erreur ? Écrivez-nous — on corrige les faits et on note les mises à jour importantes sur l’article. Nous contacter

Continuer